Une transformation profonde s’opère dans la manière dont les Français accèdent à l’information, révélant une rupture générationnelle nette. Aujourd’hui, pour les jeunes générations, nommées Zoomers et Millenials, les plateformes numériques et les moteurs de recherche constituent le premier canal d’information, surpassant la télévision. Ainsi, cette bascule de l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes soulève des préoccupations majeures quant au discernement collectif et à la santé mentale.


Malgré une conscience aiguë des risques pour autrui, les utilisateurs minimisent souvent leur propre exposition aux impacts négatifs tels que la fatigue et la perte d’attention. Face à ces enjeux, l’opinion publique exprime un large consensus en faveur d’un encadrement plus strict des réseaux sociaux. Les créateurs de contenus, désormais au centre de cet écosystème, se voient imposer une responsabilité quasi unanime : vérifier les informations qu’ils diffusent.


Réseaux sociaux et jeunes : la bascule silencieuse des canaux d’information

L’utilisation des réseaux sociaux est quasi universelle en France, touchant 92 % des Français chaque semaine. Cependant, les usages sont fortement segmentés par l’âge. Tandis que Facebook est devenu le réseau des plus âgés (60 % des plus de 65 ans), YouTube et Instagram dominent chez les moins de 35 ans, avec plus de 70 % d’utilisateurs réguliers.


TikTok, plateforme des moins de 24 ans (73 % d’utilisateurs), voit son usage chuter après 35 ans. Les Zoomers (18-24 ans) se distinguent en utilisant TikTok deux fois plus que Facebook. Ce changement d’habitude se traduit par une nouvelle hiérarchie des sources. Chez les moins de 24 ans, l’algorithme a provoqué un basculement : ils consultent désormais davantage de contenus provenant d’influenceurs que ceux publiés par leurs propres proches.


Les impacts sur le bien-être et le discernement

Les utilisateurs décrivent spontanément une relation complexe et souvent problématique avec les plateformes. Ce rapport engendre des conséquences sur le bien-être individuel et la résilience démocratique. De nombreux comportements rapportés s’apparentent à des symptômes d’addiction, notamment chez les plus jeunes.


Les effets négatifs des réseaux sociaux sont largement reconnus : fatigue, déprime, et exposition non contrôlée à des contenus violents. L’étude « Génération Scroll » révèle un phénomène encore plus préoccupant et moins commenté : le Brain rot (pourrissement du cerveau), selon l’expression des jeunes eux-mêmes. L’exposition à un volume massif de contenus, même insignifiants ou vides de sens, produit un effet anesthésiant. Cet anesthésiant affaiblit la capacité de discernement cognitif et moral.


Les symptômes d’une addiction numérique incluent :


Influenceurs : un rôle central face aux fausses informations

L’univers de l’information en ligne est marqué par la confusion et la méfiance généralisées. Une majorité écrasante des Français (75 %) jugent difficile de distinguer les faits objectifs des opinions individuelles sur les réseaux. Ainsi, ce scepticisme est un terreau propice à la propagation de la désinformation.


Les créateurs de contenus sont perçus comme des acteurs majeurs de ce nouvel écosystème. En effet, près de la moitié des Français (43 %) suivent au moins un influenceur. Parmi eux, 62 % indiquent que ces créateurs traitent parfois de sujets d’actualité. Cependant, la confiance envers ces figures est très faible (10 % des Français leur font confiance).


Les gens perçoivent les influenceurs de manière ambivalente par rapport aux journalistes. Si 60 % des 18-24 ans les plébiscitent, la population générale les associe fortement aux risques.

CaractéristiqueInfluenceurs / Créateurs de contenuJournalistes
Susceptibles de propager de fausses informations65 %10 %
Professionnels67 %
Créatifs52 %
Drôles44 %
Manipulateurs54 %~25 %


Face à ce pouvoir d’influence, l’exigence de responsabilité est quasi unanime. Neuf Français sur dix (91 %) estiment que les créateurs de contenus doivent vérifier la véracité des informations qu’ils publient. De plus, 74 % des Français s’inquiètent que leurs proches soient manipulés par des personnes à forte visibilité.


Réseaux sociaux et jeunes : un chemin vers plus de lucidité numérique

L’inquiétude des Français concernant l’environnement numérique se traduit par un appel massif à la régulation. Sept Français sur dix estiment qu’il existe trop de contenus problématiques et pas assez de modération sur les réseaux sociaux. Cette opinion va à contre-courant des décisions de certaines plateformes de réduire leurs efforts de modération.


Le soutien est également fort pour la protection des utilisateurs, notamment des plus jeunes. Soixante-huit pour cent des parents déclarent que leurs enfants mineurs utilisent les réseaux sociaux. C’est pourquoi 72 % des parents sont favorables à une loi interdisant aux moins de 15 ans d’ouvrir un compte sans accord parental. De même, 46 % des parents soutiennent l’interdiction de la vente de smartphones aux moins de 15 ans.


Les résultats de l’étude menée par le think tank Destin Commun mettent en lumière la nécessité d’agir concrètement pour assainir l’information en ligne. Il s’agit d’accompagner les créateurs pour qu’ils puissent répondre à l’exigence de véracité. En plus, il est essentiel d’outiller les utilisateurs, particulièrement les jeunes, pour naviguer avec prudence dans un écosystème où l’instantanéité et le sensationnalisme sont rois.


Source : Destin Commun


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